GARANCE "LES IDEES ROCK" / CCCC DECEMBRE 2014

7 titres

Les amours de Garance sont peuplés d'attentes et sa voix sensuelle et affirmée nous en fait partager les tourbillons italiens, madrilènes, vécus ou rêvés. On danse avec elle Gare du Nord, on la regarde, voyageurs ébahis sur les quais, seule au monde, un brin dévêtue, guettant l'hypothétique amant. On se prend à regretter, pour elle, les orientations de sa voisine de palier. Et si l'on compte nos cheveux blancs en même temps que les siens, c'est qu'ils se ressemblent tous, nous causent les mêmes soucis, les mêmes regrets et peut-être sont les fruits de mêmes batailles. Le monde de Garance et un monde de femmes et d'hommes. Le nôtre en somme, et elle a le caractère qu'il faut pour le chanter et rester bien après dans nos têtes. 

ERIC FRASIAK "MON BERANGER" / CCCC NOVEMBRE 2014

Mon Béranger”, nous dit  Frasiak, qui s’approprie les chansons de celui-ci pour mieux nous les offrir ; et nous les recevons. On dirait presque, en effet, que ces textes sont les siens, tellement leur interprétation est évidente, personnelle, et pourtant pleine de respect. Justesse et sobriété  sont donc ici de mise, et d’une voix vibrante d’émotion, avec joie et pudeur, Eric Frasiak nous invite à le suivre... Il nous propose une incursion dans le monde fascinant de Béranger, nous faisant visiter les révoltes et les fantaisies d’un homme très humain. Tous ces mots, d'une poésie "directe" et "franche", nous interpellent, nous réveillent, nous font sourire aussi parfois, et ne laissent jamais indifférents. On découvre, ou redécouvre alors ces chansons avec plaisir, et la toute dernière de l'album, écrite par Frasiak lui-même, viens clôturer joliment cet hommage sincère et cohérent.

LA MINE DE RIEN "AVEC DES SI" / CCCC OCTOBRE 2014

Cinquième album de cinq musiciens qui cachent soigneusement leurs identités à l’instar du design surréaliste de la pochette. Cinq musiciens bien entourés cependant, de Fred des Ogres de Barback pour un joli clin d’œil à l’inspiration dans le très délicat "Mélodie", d’Alice des Ogres également et de Mourad de La Rue Kétanou. L’ambiance un rien tzigane, la musique swing et festive aux accents des cuivres où se mêlent guitares et batterie, nous offrent un album jeune et dynamique. Aux jeux d’écriture de « La vie est brève » se succèdent des textes mélancoliques et désabusés, teintés d’’humour pince-sans-rire comme dans "7 ans de malheur". Et puis, cette chanson impudique et pudique à la fois "Livre à vous" qui clos l’album et qui nous laisse sur quelques grognements de tubas dans un dix-septième morceau – caché, tiens ? – comme un pied de nez, un point final d’humour et de dérision… On aime, beaucoup…beaucoup ! 

ERNEST "LES CONTES DEFAITS" / CCCC OCTOBRE 2014

Ernest est en fait le nom d'un projet artistique collectif inspiré, entre autres, par l'univers féerique des contes d'Andersen. On ne s'étonnera donc pas de retrouver les titres "Les cygnes sauvages", "La p'tite aux allumettes" ou "Le syndrome de Stockholm".  Réalisé par Dominique Blanc-Francard, l'album a des ambiances de cabaret loufoque et de bastringue onirique envoûtant, un univers steampunk à la Tim Burton dont on retrouve sur scène le côté visuel fantasmagorique. Des arrangements fouillés, des textes bien ficelés, au cynisme jouissif à souhait ! La voix singulière de Julien Grayer – dont on adore les solos ! – sait aussi nous distiller l’intime et la tendresse autant que l’insolence des mots crus. Un banjo très présent accompagne ces petits contes philosophiques et nostalgiques au sein desquels l'ombre tutélaire de Gainsbourg n'est jamais très loin...  Un projet ambitieux, une belle réussite!

CHRISTIAN VAUDESCAL "C'EST PAS SUR QU'TOUT AILLE BIEN" / CCCC AOUT 2014

13 titres, autoproduit C'est pas sûr qu'tout aille bien"

Un très bel album d'une poésie profonde, subtile, sensible. Une voix caresse, chaude, sensuelle, qui contient dans ses moindres nuances toutes les émotions. Un album dépouillé de tout artifice : un simple piano/voix, et tout est là, l'essentiel, la vie ; un patchwork d'impressions fugaces, comme des arrêts sur images, retenus sur la fuite du temps et de nos vies trop brèves. Et quand elle nous dépeint des personnages, la plume de Christian Vaudescal, tout en délicatesse, par petites touches bien frappées, nous offre des portraits criants de vérités : Puissance des images, sens des formules, maitrise de la langue. C'est beau et profondément humain ! "L'infini a du mal à tenir sur une page" nous dit-il, et pourtant…